Fouette qui peut

Aujourd'hui, comme depuis plus de 2000 ans, les catholiques vont revivre en ce vendredi saint, la passion du Christ.
Tenez... moi j'ai envie de vous parler de Saint Jérôme. Et pourquoi pas après tout ? Ah, en voilà un qui a du rencontrer nombreuses Marie-Madeleine sur son chemin.. et il n'a pas été pénalisé par les flics... Il se faisait justice pour "éteindre ses ardeurs". On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
L'imagerie' catholique représente parfois saint Jérôme avec une espèce de martinet composé de cinq ou six petites lanières agrémentées de morceaux de fer ou de plomb. Aucun document historique n'autorise cette représentation; la forme même de l'instrument semble indiquer une invention du Moyen Âge. Mais il n'est pas invraisemblable que cet austère docteur, qui ne reculait devant aucun moyen de mortifier son corps, se soit flagellé, pour écarter les visions lascives et éteindre les ardeurs, libidinum incendia, qui le tourmentaient même dans le désert et jusqu'à un âge fort avancé. Il les confesse en termes navrés, et il reconnaît que le froid et le jeûne étaient impuissants contre elles. Il est probable que les causes qui menaient les solitaires au désert et les moines au couvent durent de tout temps les induire à pratiquer la flagellation volontaire, pour affliger leur chair et ainsi repousser les tentations ou expier les péchés commis.
En voilà un qui ne rigolait pas avec la discipline, Saint Dominique l'Encuirassé de son nom (il flotte là une bonne odeur de cuir Sado/Maso) . En six jours, il s'administre 300 000 (trois cent mille) coups de fouet. Voilà l'ancêtre de l'auto discipline, celui qui recherche une Dominatrice virtuelle. Mais bon... c'est un certain Pierre-Damien qui avait donné l'exemple. Alors vous savez ce que c'est, il y en a toujours qui font du zèle.
Néanmoins, il serait difficile de produire aucune preuve positive du fait, avant le XIe siècle. On voit alors la flagellation fleurir avec Gui, abbé de Pomposa, Popon, abbé de Stavelot, Pierre Damien et saint Dominique l'Éncuirassé. Les libri paenitentiales permettaient d'échanger les peines ecclésiastiques, notamment le jeûne et la récitation agenouillée des psaumes contre d'autres pratiques moins pénibles ou de les racheter avec de l'argent. Pierre Damien, plus sévère, enseigna la conversion des jeûnes, imposés comme pénitence, en flagellation. A cet effet, il dressa un tarif indiquant le nombre de coups correspondant à un certain nombre de jours de jeûne 1000 coups peuvent être donnés pendant qu'on récite dix psaumes, 15000 remplissent la durée du psautier tout entier; d'où il suit que si l'on récite vingt fois le psautier tout entier, en se donnant le nombre réglementaire de coups, on accomplit une pénitence de cent ans. Saint Dominique l'Encuirassé, qui acquit en cet exercice une célérité extraordinaire, était parvenu à réaliser en six jours cette pénitence de cent ans, c.-à-d. à s'administrer 300 000 coups.
Du coup, ils se sont tous mis à fouetter de droite, de gauche, n'importe où et comment... dans les monastères. Mais le vendredi, après la confession.
Cette doctrine et ces exemples introduisirent dans les couvents la flagellation générale et régulière. Tout moine devait être fouetté chaque vendredi, après sa confession, soit par lui-même, soit par un des frères, en cellule, en chapitre ou dans l'oratoire. Dans le monastère de Saint-Gall, l'instrument était appendu à un pilier de la salle du chapitre. Le vendredi rappelait la mort de Jésus-Christ; le souvenir de la flagellation qu'il avait endurée en sa passion fit attribuer aux étrivières pieusement reçues une signification et une valeur qu'on n'avait point soupçonnées pendant les onze premiers siècles : on les considéra comme une sorte de communion aux souffrances du Sauveur
Si je m'associe aux catholiques en ce vendredi, ni je ne fouetterai, ni ne me laisserai fouetter... Mais peut-être existe-t-il encore, dans un monastère, des gens qui ont des fautes à expier, et qui en profiteront pour prendre leur pied