Latiniste distingué
Non... non... je ne suis pas une latiniste distinguée, n'ayant que de brèves notions de latin datant de mes années collège, contrairement à Manon, professeur de lettres anciennes...
Aujourd'hui, il sera question de l'homme... cet animal triste, qui après le coït, n'est plus à toucher de la pointe de la cravache (seulement le lobe de l'oreille), qui s'obstine à remplacer "animal" par "anima" . Ok, ok... ils veulent bien jouer les chiens, se faire traiter de chiens dans le cadre du SM... Mais histoire de se faire admirer... comme par enchantement en privé, ils se prennent pour des latinistes distingués.
Latin : langue naturelle à l'homme – Gâte l'écriture – est seulement utile pour lire les inscriptions des fontaines publiques – Se méfier des citations en latin ; elles cachent toujours quelque chose de leste.
Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues.
Avez-vous remarqué comme notre langue, encore aujourd'hui, est nourrie d'expressions latines, parfois obscures, certes, mais toujours de bon ton dans les cocktails branchés façon Rive Gauche. Ainsi, ne dites plus à votre fils de huit ans qui, sur l'exemple de son père, déjà ivre, finit les verres des invités « Tu finiras comme ton père » mais « Tu quoque mei fili », tellement plus chic. Ce à quoi le bambin pourra vous répondre « Errare humanum est ». « Sed perseverare diabolicum » enchaînerez-vous, sous le regard admiratif des invités.
De même, si votre fils, passablement éméché pour son âge, réclame tout fort en tirant sur votre jupe, sans aucun sens des convenances, l'autorisation de regarder Flipper dans le salon, occupé par les invités, vous pourrez céder (Exultet, qu'il se réjouisse) avec élégance et allumer la télé « Ad usum Delphini », un jeu de mots dont votre auditoire admirera la hardiesse, oubliant du même coup l'indélicatesse de votre progéniture.
Et il faut bien avouer que, parfois, le latin est plus présentable que le français, surtout quand il s'agit de trivialité ou, mieux, de vénalité. En effet, mesdames, il paraît beaucoup plus discret en fin de soirée de déclarer, non sans ironie, Post coitum animal triste, ce qui passera facilement pour une citation de bon aloi, que de lancer à la cantonade qu'après l'amour Arthur s'endort comme une brute tandis que vous-même faites ostensiblement la tête.
Par contre, il paraît peu vraisemblable que vos invités, violemment rudoyés et insultés par votre mari (Felix culpa ?) en fin de soirée, avant qu'il ne s'effondre (Hic jacet) sous l'effet de l'alcool, se contentent d'une explication fumeuse du genre : Castigat ridendo mores ou in vino veritas. Non, il y a peu de chance que ça passe.
N'abusons pas du Latin. Point trop n'en faut. Nihil nimium.
Puis-je m'autoriser, néanmoins et pour conclure non sans finesse, une citation de circonstance d'Antoine Arena (mort en 1544), en hommage au créateur de ce site : Experto crede Roberto (Crois-en Robert, qui le sait par expérience).
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